Créée par NEON, studio de design primé basé au Royaume-Uni, fondé par Mark Nixon et Viliina Koivisto, en collaboration avec l’artiste spécialisée en lumière expérientielle Frankie Boyle, The Living Lantern est une installation lumineuse et cinétique qui invite le public à ralentir et à porter attention à ce qui l’entoure. Inspirée par le symbolisme universel de la lanterne, l’œuvre associe une structure sculpturale en mouvement constant à une expérience lumineuse sensible qui évolue au gré du vent, de la lumière et du contexte dans lequel elle est présentée. Dans cette entrevue croisée, Mark Nixon de NEON et Frankie Boyle reviennent sur les origines de leur collaboration, leurs approches de la lumière et du mouvement, ainsi que leur volonté commune de créer des expériences propices à la contemplation, à la connexion et à une conscience plus profonde du monde qui nous entoure.
Comment cette collaboration est-elle née, et qu’est-ce qui vous a réunis autour de la création de The Living Lantern?
Mark Nixon : Nous (NEON) et Frankie avons été mis en contact par un ami commun au moment de la pandémie de COVID. Nous avons eu plusieurs conversations très enrichissantes en ligne, au cours desquelles nous avons échangé sur nos pratiques respectives. Nous avons constaté que, bien que nous travaillions dans des domaines différents — NEON à la croisée de l’architecture et de l’art, et Frankie dans le domaine de la lumière —, nos ambitions se rejoignaient sur de nombreux points, notamment autour de l’idée d’utiliser l’art comme un moyen d’ancrer le regardeur dans le moment présent.
À cette époque, nous avons reçu un appel à projets pour le Taiwan Lantern Festival, qui devait se tenir à Hsinchu, et nous avons pensé que ce serait une belle occasion d’explorer une collaboration avec Frankie. Le projet a été sélectionné pour le festival, et The Living Lantern est née.
La lanterne est un symbole universel de lumière, de rassemblement et de renouveau. Qu’est-ce qui vous a inspirés dans cette symbolique, et comment avez-vous cherché à la traduire dans l’œuvre ?
M. N. : Comme NEON travaille principalement dans l’espace public, bon nombre de nos projets sont conçus pour être immédiatement compréhensibles par les personnes qui les découvrent. Nous trouvions que la lanterne était un motif intéressant car, au moment où le projet a été imaginé, le monde traversait une pandémie qui limitait fortement l’accès aux espaces publics et les possibilités de rassemblement.
Cette dualité nous intéressait : la lanterne comme symbole d’espoir dans les périodes sombres, mais aussi comme objet physique et lumineux installé dans un espace public plongé dans l’obscurité, capable d’attirer les gens et de les réunir.
The Living Lantern possède également une membrane cinétique très évolutive, sensible au vent. Dans beaucoup de nos projets, nous utilisons le mouvement pour encourager une rencontre plus longue avec l’œuvre — pour inciter les gens non seulement à jeter un coup d’œil, mais à rester un moment et à observer ses transformations.

La lumière est au cœur du design. Qu’est-ce qui a inspiré vos choix de lumière, de couleur et de mouvement ?
Frankie Boyle : La lumière est la force la plus influente de notre planète. Nous sommes tous à sa recherche, attirés par elle comme par un phare ; nous nous rassemblons autour de la lumière comme nous nous rassemblons autour d’un feu de camp. Une partie de la fascination qu’exerce un feu de camp vient du fait qu’il ne reproduit jamais deux fois le même motif.
Nous voulions retrouver cette même qualité dans l’œuvre. Une lanterne guidée par le vent ne peut physiquement jamais reproduire exactement le même mouvement. Nous avons donc intégré cette part d’aléatoire, en laissant le mouvement organique de la nature la guider. Parallèlement, nous avons conçu le contenu sur un cycle de trente minutes, volontairement, afin que personne n’ait l’impression que le spectacle est terminé et qu’il est temps de partir. L’œuvre a été pensée comme un lieu où s’asseoir, se retrouver et rester aussi longtemps que nécessaire.
Vos pratiques explorent toutes deux les relations entre l’art, l’espace et l’expérience humaine. Comment vos approches respectives se sont-elles rencontrées et enrichies au cours du processus de création ?
M. N. : NEON était responsable de la forme sculpturale de l’œuvre et de sa membrane cinétique, tandis que Frankie a développé la technologie d’éclairage et les animations qui y sont intégrées. Le mouvement de la membrane modifie constamment la manière dont la lumière de Frankie est révélée, tandis que la lumière donne à la surface cinétique une présence complètement différente une fois la nuit tombée. C’est ce qui est formidable dans une collaboration : deux perspectives et deux savoir-faire distincts peuvent créer quelque chose de plus grand que la somme de leurs parties. Une formidable équipe élargie a également apporté son expertise en ingénierie, en fabrication CNC, en électricité et dans les nombreux autres domaines nécessaires à la réalisation de l’œuvre.
F. B. : Nos pratiques se rejoignent de manière très naturelle. Je suis profondément convaincue que les espaces que nous concevons finissent par nous façonner ; nous avons donc besoin d’une architecture qui fait écho aux formes que nous trouvons dans la nature, des formes qui nous permettent de nous reconnecter à notre système nerveux et à un sentiment de sécurité. Pour moi, la lumière est le sens le plus puissant dont nous disposons : elle détermine littéralement la manière dont nous ressentons et expérimentons le monde. En associant cela à l’élégance architecturale du travail de NEON, j’ai senti que nos deux pratiques pouvaient se fondre de manière particulièrement harmonieuse.
L’œuvre semble presque avoir une présence vivante, en interaction avec le vent, la lumière et les mouvements environnants. Comment avez-vous imaginé la relation entre l’installation et son environnement ?
M. N. : L’œuvre a été conçue comme un objet qui réagit à son environnement plutôt que comme un élément statique qui y serait simplement installé. Sa membrane cinétique rend visible le mouvement du vent, tandis que la lumière changeante et sa silhouette sculpturale forte attirent les gens vers elle. Fait assez unique pour une œuvre centrée sur la lumière, The Living Lantern possède également un caractère complètement différent durant la journée. Sans illumination, la chaleur et la texture du contreplaqué deviennent beaucoup plus apparentes, tandis que le vent continue d’animer la surface. L’environnement transforme ainsi constamment la manière dont l’œuvre est vécue.

L’œuvre a voyagé dans des environnements très différents. Comment s’est-elle adaptée à chacun d’eux ?
F. B. : L’œuvre semble presque avoir une présence vivante. Il a été fascinant de la voir évoluer dans des lieux et des environnements aussi différents, d’une forêt ouverte à Athènes à Times Square à New York. Elle reflète littéralement l’énergie de l’espace qui l’entoure. À Athènes, elle se déplaçait naturellement, comme un arbre caressé par le vent. À Times Square, elle captait les vents violents qui circulaient entre les bâtiments et perturbaient le paysage ; sa forme était alors beaucoup plus erratique, reflétant directement l’environnement dans lequel elle se trouvait.
NEON place la collaboration et le contexte au cœur de sa pratique, tandis que Frankie explore la perception et les émotions à travers la lumière. Comment ces deux dimensions ont-elles façonné l’expérience proposée au public ?
M. N. : Le projet repose sur deux couches distinctes mais interconnectées : la forme sculpturale et cinétique, et la lumière qu’elle abrite. Toutes deux évoluent au fil du temps — la membrane cinétique en réponse au vent, et la lumière à travers une série d’animations méditatives conçues par Frankie. Ce qui rend The Living Lantern particulièrement intéressante, c’est la relation constamment changeante entre ces deux couches. Lorsque la membrane s’ouvre et se referme, différentes quantités de lumière sont révélées ou dissimulées. Les deux systèmes ne sont jamais parfaitement synchronisés, ce qui signifie qu’aucun moment passé à observer l’œuvre n’est tout à fait identique à un autre.
Pourquoi est-il important pour vous de créer des œuvres qui invitent le public à ralentir, à se rassembler et à porter attention ?
M. N. : Cette idée nous semble particulièrement importante alors que nous devenons de plus en plus dépendants des écrans et des interfaces dans notre quotidien. Être immergés dans ces technologies peut nous éloigner des personnes et des lieux qui nous entourent immédiatement.
Chez NEON, nous croyons que les œuvres cinétiques peuvent nous encourager à regarder activement pendant une période prolongée. Par ce simple geste d’observation, nous pouvons sentir la brise sur notre visage, remarquer son mouvement dans le paysage autour de l’œuvre et prendre davantage conscience du monde physique dont nous faisons partie. Dans l’espace public, cette attention peut aussi devenir collective : les gens s’arrêtent, regardent et vivent une expérience ensemble.
F. B. : Nous vivons dans un monde tellement chaotique, avec une capacité d’attention de plus en plus fragmentée, que nous oublions d’écouter notre propre corps, notre rythme cardiaque, notre respiration et notre connexion à nous-mêmes. Sans des œuvres qui nous amènent physiquement à nous arrêter et à porter attention, comment pouvons-nous nous reconnecter aux autres, et encore moins à nous-mêmes ? Ce sont ces éléments qui mettent en lumière ce qui est déjà évident dans le monde naturel ; nous avons simplement besoin de quelque chose qui nous incite à faire une pause et à le voir.
Qu’aimeriez-vous que les visiteur·euse·s ressentent ou retiennent de leur rencontre avec l’œuvre ?
F. B. : J’aimerais que les visiteurs aient eu une belle conversation profonde avec la personne qui les accompagne. J’aimerais qu’ils puissent s’asseoir et se reconnecter à leur respiration et à leur rythme cardiaque. J’aimerais qu’ils aient l’espace nécessaire pour rêver, s’évader du monde pendant un instant et véritablement se laisser porter par la couleur et le mouvement de quelque chose d’aussi abstrait.
M. N. : Nous espérons que les gens vivront un moment de pause et deviendront plus attentifs à ce qui se passe autour d’eux — le vent, la lumière, le paysage et les autres personnes qui partagent cet espace.
Si The Living Lantern parvient à retenir l’attention de quelqu’un un peu plus longtemps qu’il ne l’avait prévu et à lui laisser le sentiment d’être davantage connecté au lieu et au moment qu’il est en train de vivre, alors elle aura accompli ce que nous espérions.

À travers The Living Lantern, NEON et Frankie Boyle créent une expérience en perpétuel mouvement, où architecture, lumière et forces naturelles se rencontrent. Plutôt que de proposer un spectacle simplement destiné à être observé, l’œuvre crée un espace pour s’arrêter, regarder et partager un moment avec les autres. D’un lieu à l’autre, sa forme et sa lumière continuent de se transformer, tandis que son invitation demeure la même : ralentir suffisamment pour porter attention à ce qui nous entoure et, dans cet instant suspendu, peut-être renouer avec soi-même, avec les autres et avec le lieu que nous habitons.




