moonGARDEN

moonGARDEN : Quand la lumière devient un espace de rencontre

Depuis sa création à Montréal, moonGARDEN transforme les espaces publics en paysages lumineux où se rencontrent lumière, mouvement et imaginaire. Présentée dans plus de 50 événements à travers l’Amérique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient, l’installation de Lucion évolue au fil des lieux et des communautés qui l’accueillent. Dans cet entretien, Bernard Duguay, président fondateur, producteur et concepteur chez Lucion, revient sur les origines de moonGARDEN, son rapport à l’espace public et les rencontres qui, au fil des années, ont contribué à faire évoluer l’œuvre. 

Qu’est-ce qui a inspiré la création de moonGARDEN, et comment est née l’idée de transformer les espaces publics grâce à la lumière ? 

L’idée est née lors d’un concours pour Lumothérapie à Montréal. On cherchait une façon de déployer des œuvres d’art en toute sécurité sur la place publique. Une façon de vivre l’art en plein centre-ville. Les gigantesques sphères offraient une forme inusitée pour camper une expérience artistique. Elles rappelaient aussi la “théorie des ensembles” enseignée à l’école qui explore l’idée des familles. Bref, cette installation offrait des écrans et espaces urbains protégés, dédiés à des interventions artistiques de toutes sortes. 

L’installation crée un univers onirique à travers la couleur, le mouvement et les jeux d’ombres. Quelle expérience souhaitez-vous offrir aux visiteur·euse·s ? 

Les jeux d’ombres sont inspirés du grand maître sculpteur Christian Boltanski décédé en 2021. Ils évoquent les vitrines d’Ogilvie qui recréaient de petits villages tout à fait nostalgiques. L’idée d’utiliser le plus vieil art au monde pour créer une installation innovante était très attirante. Une lampe, un objet, un mouvement et une scène métaphorique voit le jour. Ce principe d’optique va très loin et nous l’avons poussé beaucoup. Nous avons des visées encore plus audacieuses pour l’avenir à court terme. 

moonGARDEN a été présentée dans de nombreuses villes à travers le monde. Comment l’œuvre évolue-t-elle en fonction des lieux et des communautés qui l’accueillent ? 

Nous sommes très privilégiés de pouvoir nous retrouver sur le terrain avec le public. En observant leur façon de vivre avec l’œuvre, on se rend compte de leurs attentes, de leurs déceptions, de leurs surprises. C’est la seule façon d’améliorer l’œuvre. De plus en plus, les communautés souhaitent s’approprier l’installation avec beaucoup d’enfants. Elles façonnent le contenu, la musique, la lumière. En utilisant des façons de travailler complètement différentes des nôtres. Nous devenons des hôtes, pour des artistes locaux souvent meilleurs que nous. 

Au cœur de moonGARDEN se trouve l’idée de rassembler les gens. Quel rôle l’art public peut-il jouer dans la création de moments de connexion ? 

moonGARDEN devient un écran, un espace artistique qui peut être créé par des artistes locaux, des citoyens, des enfants. L’idée de raconter un coin de pays, de l’illustrer, de l’immortaliser un peu, engage un sentiment d’appartenance à nos familles, nos ancêtres, notre territoire. Pour moi, c’est la grande découverte que moonGARDEN a provoquée : le sujet… c’est nous. 

Quelle émotion, quel souvenir ou quelle sensation espérez-vous que les visiteur·euse·s gardent après avoir découvert moonGARDEN ? 

Il y a un côté apaisant à cette œuvre. Une atmosphère un peu “alien” qui rassemble du monde sans offrir de concours, de défis, de cadeaux – un moment d’observation silencieuse sans tension. Aussi vu sa taille. On est un peu dominé par l’oeuvre qui en soi est paisible et plutôt fabuleuse. Si quelqu’un repart avec le sentiment qu’il peut, lui aussi faire quelque chose de beau avec presque rien. On a gagné notre pari. 

De ville en ville, moonGARDEN continue ainsi de se transformer au contact de celles et ceux qui la découvrent. Plus qu’une installation lumineuse, l’œuvre devient un espace ouvert à l’imaginaire, à la création et à l’appropriation collective. Une invitation à ralentir, à regarder autrement et à redécouvrir l’espace public comme un lieu où la lumière peut créer du lien.